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mardi 07 avril 2020

LES IMPLICATIONS POLITICO-DIPLOMATIQUES DE LA SUSPENSION DU CAMEROUN DE L’AGOA.

Entrant en vigueur en janvier 2020, le Cameroun ne sera plus bénéficiaire de l’AGOA, l’African Growth and Opportunity  Act, la loi sur la croissance et les opportunités en Afrique. Cette décision prise par le président des États-Unis apparaît comme une sanction politique et constitue un puissant avertissement pour le régime de Biya. Cette sanction va au-delà des échanges commerciaux et des investissements entre les deux pays. Pour être plus précis, cela signifie que le Cameroun ne bénéficiera plus d'un accès commercial d'environ 6 000 produits en franchise de droits sur les marchés américains et n'aura plus un accès facile au crédit et à l'expertise technique des États-Unis.

Il est important de noter que pour pouvoir prétendre et rester éligible à l'AGOA, les pays africains doivent œuvrer à l'amélioration de l'Etat de droit, des droits de l'homme et du respect des normes fondamentales du travail. En conséquence, la détérioration de la situation des droits de l'homme au Cameroun, qui a suscité beaucoup d’inquiétude de la part de la communauté internationale et a rendu la tâche difficile pour le Cameroun de pourvoir défendre son admissibilité en tant que bénéficiaire de l'AGOA. C’est pour cette raison que les États-Unis, par le truchement, des pouvoirs exécutif et législatif, ont régulièrement mis en garde le gouvernement camerounais d’améliorer son bilan en matière de droits de l’homme et d’engager un dialogue inclusif afin de trouver pacifiquement un moyen de sortir du conflit violent qui se poursuit dans les régions anglophones. Malheureusement, le régime de Biya a toujours été intransigeant en suivant sa propre voie à travers l’utilisation de l'armée pour mettre fin au conflit. Cependant, cela n'a jusqu'à présent porté aucun fruit remarquable. Par conséquent, cette sanction n’est pas une surprise.

De manière générale, dans les relations internationales, les accords et partenariats entre États sont le plus souvent guidés par des intérêts suivis de certaines conditionnalités, particulièrement pour la partie bénéficiaire. Si les Etats-Unis réagissent de la sorte, c'est que le régime de Biya ne semble pas protéger ses intérêts dans la sous-région. En outre, le Cameroun ne remplit pas les conditions d'éligibilité à l'AGOA, à savoir le respect de l'Etat de droit et des droits de l'homme. Il est regrettable que de nombreux Camerounais, en particulier le gouvernement camerounais, semblent oublier que pendant la guerre contre l'organisation terroriste, Boko Haram, dans le nord du pays, le Cameroun et les États-Unis ont noué des liens étroits. La superpuissance a volontairement assisté l’armée camerounaise en lui fournissant un soutien technique, matériel et financier et a même déployé 300 soldats américains au nord du Cameroun pour combattre Boko Haram.

Au cours de cette guerre, les Camerounais ont non seulement mobilisé un soutien important derrière  l'armée camerounaise, mais la communauté internationale a également fortement aidé le Cameroun dans sa lutte contre l'organisation extrémiste. C’était une contribution immense à l’armée qui leur a permis de réduire la menace de cette secte islamique sur son territoire. Cependant, ce n’est pas le cas de la crise anglophone, car la société civile camerounaise et la communauté internationale la perçoivent comme une crise politique qui ne nécessite pas une intervention militaire. L'entêtement persistant du régime de Biya n'a pas seulement aggravé la situation dans les régions anglophones du Cameroun, mais a également fait perdre au Cameroun des partenaires essentiels sur la scène internationale alors qu'il a clairement besoin de leur soutien surtout maintenant.

 

Pas vraiment une sanction économique

Bien que cette sanction semble viser l’économie camerounaise, elle semble toutefois plus politique, car certaines conditions doivent être remplies par les pays pour pouvoir bénéficier de l’AGOA. Les conditions sont plus ou moins politiques. Le bilan des droits de l'homme en est certainement une. Il est important de noter que les citoyens sont les principaux bénéficiaires des droits de l'homme, car ils sont ceux qui souffrent de la violation flagrante de ces droits par leur gouvernement illégitime. De plus, le débat qui a conduit à l'adoption de l'AGOA au Congrès américain en 2000 portait sur la question de savoir est ce que c’est l’aide publique ou le commerce qui pourrait mieux faire progresser le développement des pays africains ? Le bilan de l'aide publique aux pays africains pendant près de quatre décennies a été pour le moins désastreux et il semble avoir favorisé la corruption sur le continent. Selon Honest Account 2017, l’Afrique reçoit environ 161,6 milliards USD, principalement sous forme d'aide et de prêts, mais perd environ 203 milliards USD de paiements de dette et de flux financiers illicites. C’est pour cette raison que le commerce a été encouragé au Congrès américain au détriment de l’aide.

En conséquence, l'AGOA est devenu un partenariat commercial qui encouragera les pays africains à mettre en œuvre des réformes politiques et économiques leur permettant de bénéficier du marché américain de plus de 200 millions de personnes en franchise de droits. C’est à cause de cette politique que certains pays africains comme l’Afrique du Sud, le Kenya, la Tanzanie et le Rwanda, en raison de la croissance de leur industrie textile, ont énormément bénéficié de l’AGOA, même si beaucoup reste à faire par les pays africains. Sur le plan économique, le commerce offre des possibilités à court et à long terme d'améliorer l'efficacité économique et d'accroître les revenus. Sur le plan politique, le commerce peut également aider à renforcer les réformes intérieures et à renforcer la stabilité et la paix.

Malheureusement, le Cameroun, qui n'a connu aucune réforme politique et économique depuis des décennies, n'a pas été en mesure de tirer partie des opportunités offertes par l'AGOA. La Banque mondiale, observant cette faiblesse de l'économie camerounaise pour tirer profit des opportunités telles que l'AGOA, a lancé le Cameroon Business Forum, qui visait à stimuler le secteur privé et à améliorer le climat des affaires au Cameroun. Après 10 éditions organisées depuis 2008, le gouvernement n'a pas été en mesure de mettre en œuvre les différentes recommandations et il n'est pas étonnant de voir le Cameroun toujours en arrière  dans le classement Doing Business de la Banque mondiale. Cette année, le Cameroun a perdu une place et se classe maintenant 167ème sur 190 contre 163ème en 2017. Parallèlement, depuis 2010, le Rwanda est passé de la 143ème à la 29ème position, tandis que le Kenya occupe le 60ème rang du classement. Il ne fait aucun doute que cela s'est traduit par une accélération de leur développement. En conclusion, en raison de la faiblesse de nos politiques économiques, les citoyens camerounais n’ont pas pu bénéficier des avantages qu’offre l’AGOA. Donc, même si le Cameroun devait rester, cela ne servirait à rien.

 

Les conséquences des sanctions de l'AGOA

À la lumière de cette sanction, si la situation des droits de l'homme au Cameroun continue de se dégrader, de nouvelles sanctions pourraient être imposées non seulement par les États-Unis, mais également par d'autres pays occidentaux et institutions internationales. Les États-Unis sont une superpuissance militaire et économique qui exerce une grande influence sur de nombreux pays et organisations internationales. N'oublions pas que le Cameroun assiste à une grave crise humanitaire affectant les pays de la sous-région qui attire souvent une attention massive et une mobilisation internationale pour apporter une solution à la crise. Les États-Unis sont également l’un des plus puissants membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies. N’oublions pas que c’est à cause de l’influence de cette superpuissance qu'une réunion informelle au Conseil de sécurité s'est tenue le 13 mai 2019 afin d'apporter une solution à la crise humanitaire alarmante au Cameroun. Par conséquent, le cas du Cameroun pourrait être inscrit à l'ordre du jour du Conseil de sécurité, ce qui ne sera évidemment pas une bonne nouvelle pour le régime de Biya. C’est aussi la deuxième sanction prononcée par les États-Unis après leur suspension de l’assistance militaire au Cameroun, évaluée à 17 millions de dollars américains, en février 2019. La raison en est restée la même, une violation flagrante des droits de l’homme par l’armée camerounaise.

Wanah Immanuel Bumakor, spécialiste des études de la paix et de la gestion des conflits

 

 

 

 

 

THE POLITICO DIPLOMATIC IMPLICATIONS OF THE AGOA SUSPENSION OF CAMEROON.

Taking effect in January 2020, Cameroon will no longer be a beneficiary of the African Growth and Opportunity Act (AGOA). This decision taken by the President of the United States appears more like a political sanction and serves as a strong warning to the Biya regime. This sanction goes beyond trade and investment between both countries. To be more precise, it means that Cameroon will no longer benefit from commercial access of about 6,000 duty-free products to the US markets, and will no longer have easy access to US credit and technical expertise.

It is important to note that in order to qualify for and remain eligible for AGOA, African countries must work to improve the rule of law, human rights and respect for core labour standards. Consequently, the deteriorating situation of human rights in Cameroon that has raised a lot of eyebrows and call for great concern on the part of the international community made it difficult for the admissibility of Cameroon as a beneficiary of AGOA to remain without question. It is for this reason that the United States, through the executive and legislative branches, has regularly advised the Cameroonian government to improve its human rights record and to engage in an inclusive dialogue in order to peacefully see a way out of the violent conflict going on in the Anglophone regions. Unfortunately, the Biya regime has always been adamant in following its own path by using the military to end the conflict that has not yielded any noteworthy fruit so far. Therefore, this sanction does not come as a surprise.

Generally, in international relations, agreements and partnerships between states are most often than not guided by interests followed by certain conditionality, especially on the beneficiary party. If the United States is reacting this way, it is because the Biya regime does not seem to protect its interests in the sub-region. Moreover, Cameroon is failing to meet to up the eligibility conditions attached to AGOA that are the respect of the rule of law and human rights among others. It is rather unfortunate that many Cameroonians, particularly the government of Cameroon, seem to forget that during the war against the terrorist organization Boko Haram, in the north of the country, Cameroon and the United States forged close ties, as the superpower willingly assisted the Cameroonian army by providing them with technical, material, financial support and even deployed 300 American troops in North of Cameroon to fight Boko Haram. 

During this war, not only did Cameroonians mustered great support behind the Cameroonian army, but the international community also strongly assisted Cameroon in its fight against the extremist organisation. It was an immense contribution to the army that enable them to reduce the threat of this Islam Sect on its territory. However, this has not been the case for the Anglophone crisis, as civil society and the international community saw it as a political crisis that did not necessitate military intervention. The persistent stubbornness of the Biya regime has not only worsened the situation in the Anglophone regions of Cameroon but has also caused Cameroon to lose vital partners in the international arena whereas it clearly needs their support right now.

Not Really An Economic Sanction 

Even though this sanction could appear to be directed toward the Cameroonian economy, it, however, looks more political because certain conditions must be met by the countries in order to benefit from AGOA. The conditions are more or less political. The human rights record is certainly one of them. It is important to note that citizens are the primary beneficiaries of human rights, as they suffer from the blatant violation of human rights by their illegitimate government. Moreover, the debate that led to the adoption of AGOA in the US Congress in 2000 was premised on the question on what policy could better advance development in African countries, was it aid or trade? The record of public aid to African countries for nearly four decades has been disastrous, to say the least, and it seems to have only fostered more corruption on the continent. According to Honest Account 2017, African received about US $ 161.6 billion mostly in aid and loans each year but loses about US$ 203 billion in debt payments and illicit financial flow. It is for this reason that trade was encouraged in the US Congress to the detriment of aid. 

As a result, AGOA became a trade partnership that will encourage African countries to make political and economic reforms that will allow them to benefit from the US market of more than 200 million people duty-free. It is because of this policy that some African countries like South Africa, Kenya, Tanzania, and Rwanda, due to the growth of their textile industry, have benefited enormously from AGOA, even though more still remains to be done by African countries. Economically, trade offers both short and long-term opportunities to improve economic efficiency and increase incomes. On the political front, trade can also help strengthen domestic reforms and strengthen stability and peace.

Unfortunately, Cameroon, which has not experienced any political and economic reform for decades, has not been able to take advantage of the opportunities offered by AGOA. The World Bank observing this weakness of the Cameroonian economy to take advantage of opportunities such as AGOA, launched the Cameroon Business Forum that sought to boost the private sector and improve the business climate in Cameroon. After 10 editions organized since 2008, the government has been unable to implement the various recommendations and it is not surprising that Cameroon is trailing behind the Doing Business ranking of the World Bank. This year, Cameroon lost a place and now ranks 166th out of 190 from 163th in 2017. Meanwhile, Rwanda, since 2010, moved from 143rd to 29th position, while Kenya is 60th in the ranking. There is no doubt that this massively translated into an acceleration of their development. Therefore, it is because of the weakness of Cameroon’s economic and political policies that its citizens have not been able to benefit from AGOA. So even if Cameroon was still to remain it will serve no use. 

The Implications of the AGOA Sanctions

In the light of this sanction, if the human rights situation in Cameroon continues to deteriorate, new sanctions could be imposed not only by the United States but also other Western nations and institutions. The US is a military and economic superpower that exerts a lot of influence on so many countries and international organisations. Let us not forget that Cameroon is witnessing a serious humanitarian crisis affecting the countries of the sub-region that often draws massive attention and international mobilization to bring a solution to the crisis. The US is also one of the most powerful permanent members of the United Nations Security Council. It is because of their influence that an informal meeting at the Security Council took place on May 13, 2019, in order to bring a solution to the alarming humanitarian crisis in Cameroon. Therefore, there are possibilities that the case of Cameroon could be issued on the agenda of the Security Council that will obviously not be good news for the Biya regime. This is also the second sanction issued by the United States after it suspended its military assistance to Cameroon, valued at US$ 17 million, in February 2019. The reason remained the same, a flagrant violation of the human rights of the Cameroonian army. 

Wanah Immanuel Bumakorspecialist in peace studies and conflict management

 

 

 

 

 

International pressure is mounting on Paul Biya and it is obvious that in his 37 years at the helm of the country he has never experience such pressure. All indications are that the Biya regime, after 37 years of power, has never faced a type of international pressure. Since the English crisis erupted three years ago and with the unlawful and arbitrary arrest of Professor Maurice Kamto and his allies in the context of the post-election crisis, the dictatorial nature of the Biya regime has been exposed to the world. Everyone pays attention to Cameroon and Paul Biya can no longer hide the deplorable situation of his Cameroon, a consequence of the centralized nature of the regime. As a result, the regime is currently in survival mode and all its actions, such as the Great National Dialogue, strongly criticized by the national and international community, are aimed solely at saving its regime and not the people of Cameroon. The international pressure is however obvious because the dictatorial nature of the internal pressure of the Biya regime still seems very timid.

  

Wanah Immanuel Bumakor, specialist in peace studies and conflict management

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